Le Pieu ou Bémont (1270 m) et le rocher de l'Eperrimont (1411 m)
6mois !!! 6 mois de disette. Pas l'ombre d'une montagne, d'un pic aussi petit qu'il soit, pas le moindre single serpentant dans le pentu. J'ai oublié la mélodie des torrents. Chamois, mouflons, bouquetins, marmottes...où sont ils ???
Le film des bambées d'Antan défile dans ma tête; vais je vivre encore longtemps ainsi prisonnier, muré dans la City?
Par miracle, les portes de la liberté s'entrouvrent, pouvoir courir à nouveau, juste se faire plaisir avec des personnes que l'on apprécie, se perdre, se retrouver, vagabonder de cimes en cimes dans des décors féériques, oublier les contraintes et les aléas de la vie...
Mars 2021, toujours sous l'ère COVID, nos 2 larrons quittent leur tanière vers de nouvelles escapades, le 3ème ayant joué les marmottes tout l'hiver n'a pas le souffle ni le mollet pour les accompagner.
La neige étant encore bien présente dans les hauteurs, j'avais décidé d'émigrer vers Saint Paul de Varces, village occupant la partie amont de la vallée du Lavanchon.
Je me souviens , il y a quelques temps en arrière, depuis le belvédère du Bois de l'Espinasse mon regard s'était porté sur ces 2 sommets jaillissant de nul part, planté entre Vercors et Mathésyne. Je m'imaginais déjà galopant sur ces crêtes, arpentant ces pentes abruptes. J'avais gardé cet endroit au fond de mon cerveau pour d'éventuelles sorties hivernales, quand en altitude les chemins seront impraticables.
Au petit matin, sous les nuages, nous voilà partis, 2 kilomètres de route descendante à travers le village en guise d'échauffement.
Parking du Maubourg (364 m), début des hostilités. En rive gauche du torrent de la Lampe nous empruntons, en petites foulées, un chemin en lacets. nous débouchons sur une piste puis traversons le torrent pour suivre un sentier qui nous mène sur la crête de la montagne d'Uriol (821 m). Nous profitons de ce replat pour allonger la foulée, replat qui fut de courte durée. Petit à petit, la pente s'élève dans la forêt, nous avançons sur un chemin balisé de deux traits rouge jusqu'à la falaise de Brise-tourte (1017 m) puis plus rien. Nous arrêtons quelques instants pour profiter du panorama, Grenoble, la Chartreuse...
En longeant la falaise, nous avançons dré dans le pentu. Arc-boutés sur les bâtons, les pieds bien ancrés au sol pour ne pas glisser, nous progressons à la vitesse d'un sénateur. Nous assurons nos pas afin de ne pas débarouler au fond du précipice. Soulagement, nous arrivons sur une crête, belvédère sur le pic St Michel et le Cornafion. Nous cheminons en courbes de niveau, slalomant entre les rochers, de temps à autre nous apercevons quelques cairns sortis de nulle part, en contre bas un magnifique parterre de jonquilles. Un dernier coup de cul et nous voilà au sommet.
Sommet orné d'une petite croix dressé sur un énorme cairn , quelques mètres plus loin sur une vieille souche en forme de bois de cerf se cache inséré dans un fourreau un livre d'or pour ceux qui veulent écrire quelques phrases. J'aime cet endroit, pas seulement pour ce magnifique panorama qu'il nous offre. Ici, j'aime y venir seul, en pèlerinage, c'est un peu mon chemin de croix à moi. Assis, adossé à un rocher, je me perds. J'aime ce silence profond presque froid, à peine troublé de temps à autre par le vent dans les branches des arbres. Plus rien n'existe, noyé dans mes pensées je surfe sur les océans de nuages, vole entre les montagnes.
Plein Sud, nous trottinons sur une arête boisée qui nous mène à une clairette. A droite nous distinguons Les Rochers de Bellefond que nous contournons par la gauche sur un chemin en terre et en herbe. Le chemin en très mauvais état a été raviné par une succession d'orages. En fond de vallée, nous retombons sur une piste balisée qui conduit à la ferme de l'Echaillon (697 m). Nous croisons une demi douzaine de traileurs.
En face, nous prenons un chemin forestier bien balisé en jaune qui nous mène au Vincent (990 m) et ses prairies. Arrivé sur la route goudronnée, je décide partir à droite sous le hameau, et nous ne tardons pas à nous retrouver au milieu d'un immense roncier à jouer les sangliers. Après avoir erré au milieu de ce merdier sans non, la carrosserie légèrement rayée, nous décidons de retourner à l'intersection et de faire le point. Comme à l'habitude notre brave vosgien s'était trompé.
Nous reprenons la route en sens inverse en direction du hameau de Prélenfrey. Peu avant la ferme de Balayère, nous bifurquons à droite sur le sentier écologique matérialisé sur la carte IGN et qui devait nous conduire à la Draye des moutons. Ce qui nous aurait permis d'éviter la monotonie d'une piste et le col de l'Eperrimont (1170 m). Ce chemin privé n'était plus entretenu depuis des lustres par le propriétaire qui hélas en avait marre de l'incivilité et le sans gêne de quelques randonneurs de la city.
Au loin, nous repérons la route forestière des Bordeaux. Nous voilà dévalant la pente, droit à travers les pâturages. L'itinéraire rejoint, nous trottinons jusqu'au col. Arrivés à celui-ci, difficile de trouver la bonne trace suite l'exploitation forestière d'une partie du massif et la création de nouvelles pistes.
Par hasard, tant bien que mal, se frayant un chemin à travers les rémanents, suivant de vagues points bleus, nous arrivons au Bec de l'Echaillon ou Pal de Fer (1262 m), piton de granit sorti de nul part que l'on peut escalader sans difficulté. Sur un semblant de trace, nous longeons la falaise. Une demi heure plus tard, nous posons nos sacs au sommet du Rocher de l'Eperrimont (1441 m), promontoire où se dresse un cairn avec vue sur le plateau de Prélenfrey, les 2 sœurs, Taillefer, Matheysine, Triéves... Une dizaine de mètres plus loin, un deuxième belvédère ou l'on aperçoit l'agglomération grenobloise, Belledonne, Chartreuse, le Pieu..
Tranquillement, heureux d'être là, nous dégustons notre pique-nique, contemplant ces magnifiques tableaux que nous offre la nature. Nous profitons des premiers rayons de soleil printaniers, se laissant bercer par le chant des oiseaux, à demi éteint comme plongé dans un coma profond. Toutes les bonnes choses ont une fin, il est temps de repartir...
Ayant perdu la trace du retour, malgré un terrain glissant, à travers les arbres, nous dévalons la pente pour rejoindre la piste qui nous mène au col de l'Eprimont (1170 m). Plein Nord, dans un vallon ombragé, nous empruntons un bon chemin ce qui nous permet de filer à vive allure. Passée la grange de de Gros Moran (643 m), nous rejoignons la piste qui vient de la ferme de l'Echaillon et longeons le torrent du Lavachon. Au pont du Batou (460 m), nous traversons pour suivre le PR rive gauche jusqu'à Saint Paul de Varces .
Encore une bonne journée passée en montagne. 24 km - 2027 m D+





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