Symphonie estivale dans le Beaufortain ou errance entre lacs et sommets

    Chers lecteurs, n'ayez crainte .....Le corona n'aura pas eu raison de nous. Il nous aura tout simplement privé de notre liberté de vagabonder. Comme des animaux en captivité, nous rêvons d'errer sans contrainte, au gré du vent, où bon nous semble.

    Enfin, l'heure de la délivrance a sonné, il est temps de reprendre notre route, d'aller traîner nos grolles par monts et par vaux, de courir sur les chemins escarpés, de grimper, de traverser des torrents, tout simplement de profiter de chaque instant que nous offre la nature.

    6 heures du mat, parc de la tête d'Or, je récupère Gilles mon compagnon de bambèe et sans regret nous quittons la capitale des Gaules, pour deux jours de vagabondage dans le Beaufortain avec en prime une nuit à la belle étoile.

    A la sortie d'Arreches Beaufort, une désagréable surprise nous attend : Route barrée. Après des détours et des contours, nous retrouvons la route initiale qui nous mènera au barrage de la Gittaz, nous dépasserons celui-ci pour trouver une petite aire de stationnement où les places sont chères.

    Hameau de la Gittaz (1665 m) départ de notre périple, bon pied bon œil, harnachés de nos packages, tout sourire d'être là, nous voilà partis...

    La pente s’élève doucement à travers les pâturages, après une petite demi heure de marche nous atteignons le célèbre "chemin du curé" Un chemin de toute beauté, surplombant  les gorges de la Gittaz, à flanc de montagne, taillé dans la roche, témoignage des efforts consentis par nos anciens (1891/1892). Nous déboulons sur le vallon de la Sausse et son chalet d'alpage (1984 m), une zone très humide, plus tard nous en ferons les frais. A gauche, part la sente qui mène  au col du Bonhomme.

    Dans cette épaisse végétation due à un sol plus qu'humide, notre chemin se perd. Après une demi-heure de vadrouille en long en large et en travers, nous sommes trempés des pieds à la tête, surtout moi, vu ma petite taille. Soudainement, en face de nous, nous apercevons des traileurs dans la descente. Nous rejoignons le chemin par des petites passerelles en bois mises en place pour éviter de se mouiller, HÉLAS!!!!! trop tard pour nous.

    Nous embarquons sur un sentier bien raide qui zigzague dans les alpages jusqu'au col de la Sauce (2307 m) matérialisé par un énorme cairn. Malgré les nuages, comme par enchantement, la crête des Gittes se dresse devant nous.

    Nous empruntons un chemin muletier, qui se transforme bientôt en une sente tantôt à l'adret, tantôt à l'ubac. Nous avons la sensation de tricoter le chemin avec nos pieds. Quelques passages aériens demandent de l'attention, mais ne sont jamais difficiles. Une borne gravée rappelle que ce chemin fût taillé dans le faîte même de la montagne  et à des seules fins militaires(1910/1912 22 ème bataillon de chasseurs alpins). Les nuages en abondance nous empêchent d'admirer le panorama à 360°. Tranquillement nous arrivons au refuge de la croix du Bonhomme (2433 m).

    Assis sur un rocher, nous cassons une petite graine, un café et nous voilà repartis vers la vallée des Chapieux, plus précisément le refuge de Presset (2504 m) par la combe de la Neuva.

    Longue descente sur un single fort agréable, puis une piste d'alpage qui nous mène sur la D 902 en direction du Cornet de Roselend, nous empruntons la départementale sur quelques hectomètres jusqu'à la Fauge (1800 m environ).

    A la sortie du hameau, nous prenons un sentier orienté sud-ouest qui suit le ruisseau de la Neuva. La combe de la Neuva, vallée glacière, au relief très alpin. L'environnement pastoral du départ est devenu complètement minéral. A l'altitude 2009 m, nous laissons à notre gauche la sente qui monte au passeur de Pralognan (2567 m). Un peu plus loin, en contre bas, nous apercevons deux lacs sans nom, quelque peu glacés et entourés de névés. Nous progressons à travers des éboulis. Plus nous avançons, plus la neige se fait  omniprésente, nous devons composer avec jusqu'au col du Grand Fond (2671 m). Malgré les nuages, les rayons du soleil venaient de temps à autre réchauffer le manteau neigeux ce qui rendait la progression plus facile.

    Arrivés au col, nous restons sans voix devant un tel tableau, une oeuvre d'anthologie. En premier plan, le lac de Presset encore gelé et entouré de névés, le refuge posé sur une groupe comme par magie, et en fond la Pierra Menta (2714 m) en forme de canine, cet éperon monolithique de 120 m de haut venu de nul part.

    Ce n'est peut être pas la seule raison de notre silence, nos regards se croisent, un petit rictus se dessine sur nos lèvres. Eh oui Gilles!!!! bivouac à la belle étoile entre neige et glace....

     Un sentier scabreux nous mène au refuge. Cet endroit est plus que magnifique, il est magique voire mystique. Certainement un des plus beaux du Beaufortain.
    Après s'être débarrassé de notre sac qui commençait fortement à nous peser et avoir quitté nos chaussures mouillées, nous nous assoyons à une table pour nous désaltérer tout en profitant des derniers rayons du soleil. La Pierra Menta joue à cache cache avec les nuages. A flanc de montagne, une petite dizaine de bouquetins font le spectacle. 

    Je regarde mon compagnon, calme, détendu, l'âme vagabonde perdue entre cimes et nuages, heureux d'être là. 

    Le vague à l'âme, je me souviens du vieux refuge, petit, rustique, qui sentait bon la fumée de bois. C'était le bon vieux temps, nous étions jeunes, beaux et forts. Je me souviens de ces journées de bataille avec le rochers, les doigts usés par la pierre, les muscles raides et fatigués par l'effort. Assis autour d'une table, buvant une bière bien méritée, racontant nos batailles d'hier et d'aujourd'hui, nos éclats de voix et de rire raisonnent comme un écho dans la montagne. Sorti de mes pensées, par une bande de Pinpins lyonnais venu fêter un quelconque anniversaire. De ce fait venant troubler ce sanctuaire de havre et de paix.

    Le froid, la faim commence à se faire sentir. Nous passons à table, la gardienne nous avait préparé un  bon repas, de quoi recharger les accus. Malgré tout je sentais nos deux "Gaziers" moyennement motivés pour passer la nuit à la belle étoile entre neige et glace.

    Après une promenade digestive, Gilles revient avec une bonne idée. En contre bas du refuge, au milieu des rochers, il avait repéré un endroit des plus sympas et surtout à l'abri du vent .Nous décidons d'annuler le petit déjeuner du lendemain prévu à 6 heures 30, ce qui nous permettrait de partir plus tôt, ou en pleine nuit si le froid se faisait sentir.

     15 minutes plus tard, après avoir prévenu la gardienne que nous ne déjeunerons pas demain matin, nous voilà arrivés à notre hôtel 4 étoiles au guide du petit montagnard. Abrités derrière un gros rocher nous trouvons un petit coin plat et herbeux. Nos deux compères installent minutieusement leur camp de base. Couvert comme Saint Georges, nous glissons dans nos duvets. Au bout d'un moment j'avais très chaud, je finis par me déshabiller pour ne pas être humide de transpiration. Vers 4 heures du matin, je me réveille et me lève pour satisfaire un besoin. Juste magnifique!!!!! encore une fois de plus je reste émerveillé par cette toile de maître. Milles étoiles scintillent dans le ciel, la lune éclaire les sommets qui se découpent à l'horizon. La Pierra Menta encore plus mystérieuse que jamais, cet éperon, ce doigt de Dieu fièrement dressé en direction des cieux. Hypnotisé, envoûté par ce spectacle je n'ai qu'une seule envie : partir pour profiter encore et encore de ce spectacle. Marcher, marcher guidé par cette lumière.

    5h du mat, nous émergeons, sans tarder, nous plions notre camp de fortune. Un petit déjeuner pris à l'arrache, une gorgée d'eau, un bout de galette et nous voilà repartis!!!! Repartis pour une deuxième journée de vagabondage.

    Déjà le ciel pâle annonçait la couleur. Devant nous, se dressaient les cimes austères suscitant autant le respect que l'humilité. La tête embrumée par le manque de sommeil et cette atmosphère hors du commun; doucement nous empruntons un single qui nous conduit au col du Besson (2469 m). Une photo de nos deux vagabonds afin d'immortaliser ces petits moments privilégiés.

    Nous descendons sur un chemin rocailleux et technique, avec pour seule ambition, rejoindre le refuge du Plan de May pour un copieux petit déjeuner. Un dernier coup d'œil furtif sur la Pierra Menta, que déjà de nouveaux paysages s'offrent à nous. Dans les en bas , entre prairies et forêts, nous distinguons le lac de Roseland, au loin à l'horizon, nous apercevons les massifs de la Chartreuse et du Vercors.

    Dans le petit matin, apaisé, le corps léger, la tête vide, les yeux rivés sur ces magnifiques paysages, nous cheminons tranquillement. Au lieu-dit Presset (2021 m), à droite, nous bifurquons sur un large chemin d'alpages, qui s'avère long et monotone. Au détour d'un virage, en contre bas, nous apercevons un petit sentier balisé de jaune (1807 m),  sans se poser de question, las d'arpenter cette horrible piste, nous nous précipitons sur celui-ci. Ce qui va nous coûter bien des déboires.


    Nous débarquons sur un hameau, hameau du Treicol (1703m). Quelques peu surpris et désorientés, nous nous interrogeons??????

    Eh!!!! oui Messieurs, dans la précipitation, sans réfléchir, sans voir plus loin que le bout de votre nez, vous avez tout simplement quitté le GR 5 en vous engouffrant dans la petite sente de gauche. Deux solutions s'offrent à nous, soit faire marche arrière, soit trouver un itinéraire pour rejoindre le GR. Nous optons pour la deuxième solution.

    Nous voila partis sur une piste d'alpages. Nous nous orientons tantôt au pif, tantôt au GPS. Nos deux compères d'un pas maladroit, hésitant, errent, s'égarent, puis trouvent une vague sente qui ne mène nulle part. Au dessus de nos têtes, à quelques encablures nous distinguons des randonneurs. Dré dans le pendu, au milieu des rhododendrons, nous rejoignons le GR5 (1996 m).

    Nous arrivons à la Grande Berge (2072 m), juste magnifique, tel un mirage, le Mont Blanc nous apparaît. Nous pouvions presque le toucher de la main. Un petit tour au Belvédère (2089 m), panorama à 360°, Pierra Menta, lac de Roseland et Mont Blanc.

    La faim, la fatigue se font de plus en plus sentir, nous dévalons la pente. Il est déjà 11 heures quand nous arrivons au refuge de Plan Mya (1860 m). Refuge à l'ancienne, tenu par de braves paysans de la vielle génération. Ca sentait bon la bouffe traditionnelle, le frichti de midi mijoté au coin du feu. nous commandons un sceau de Perrier pour étancher notre soif et un copieux petit déjeuner pour recharger la machine.

    Après être rassasiés, nous continuons notre périple. Une belle journée s'annonce en perspective, tout les compteurs sont au beau fixe.

    Nous passons devant le refuge du Plan de Lai (1828 m), grosse batterie touristique plantée en bordure de la route Bourg  Saint Maurice Cornet de Roseland, et que nous quittons très vite, j' ai juste l'impression d'être à La Partdieu, jour de soldes. Nous suivons un chemin qui démarre à travers les alpages, nous passons successivement deux passerelles en bois, à gauche nous laissons le sentier qui monte au Rocher du Vent (2329 m).

    Progressivement la pente se redresse , nous empruntons une sente bien raide qui coupe à plusieurs reprises une piste qui conduit au chalet de Bel Air (2145 m), enfin ce qu'il en reste. Je me sens bien, j'ai des jambes de feu, j'accélère, mon planter de bâton est franc, j'ai retrouvé ma foulée légendaire du chamois Vosgien, petites foulées courtes et dynamique tel un cabri. Bien au chaud dans ma bulle, j'avance encore et encore......

    Je souris, pas pour me moquer de mon compagnon de Bambèe qui se traîne à l'arrière (eh!!! oui.. Gilles, alcool, apéro, bonne bouffe ne font pas bon ménage avec pente raide) mais pour l'idée qui vient de germer dans ma tête.

    Arrivés au col de la sauce (2307 m), je fais part de ma dernière trouvaille." Dit donc Gilles, par cette belle journée ça serait vraiment moche de redescendre maintenant à la Gittaz". Je lui propose de grimper jusqu'à la Tête Nord des Fours (2755 m) où je sais qu'un spectacle des plus magnifiques nous attend, puis redescendre le col du Bonhomme (2329 m), Vallon de la Sauce, chemin du curé, La Gittaz. Il hoche la tête, sourit. "allez, pourquoi pas" 

    Nous quittons le col de la Sauce, la pente s'accentue, d'un bon pas nous gagnons la Crêtes des Gittes.  Sentier pittoresque  qui chemine tantôt à droite, tantôt à gauche de celle-ci. Une multitude d'images plus belles les unes que les autres défilent devant nos yeux. L'effet de l'altitude, la fatigue ou la chaleur du soleil me font basculer dans un état second. Je ferme les yeux, en l'espace d'un instant, vêtu de haillons, un sac sur le dos pour tout baluchon, je  redeviens le vagabond des cimes, le fou qui parle au vent, sale trogne, odeur de bouc, bête qui grogne à la vue du premier monchu, je vagabonde de ci et de là au gré du vent qui me pousse et m'accompagne... Des bruits de voix me font revenir à la réalité.

    Un arrêt furtif au refuge de la Croix du Bonhomme, afin de s'approvisionner en eau. Direction la Têtes Nord des Fours (2755 m) via le col des Fours (2665 m). Nous cheminons entre les derniers névés, traversons une série de dalles de couleurs ocre à rouge. Nous arrivons au sommet, où se dresse une table d'orientation. Je n'avais pas menti, s'il y avait un jour à ne pas manquer, c'était bien aujourd'hui. Un panorama à perte de vue : lac Jovet, les sommets du Beaufortain, le Mont Pourri (3779 m) et la Vanoise, le Mont Blanc (4809 m), les sommets valaisans (mont Cervin 4478 m-dent d'Herens 4171 m) et bien d'autres...

    Nous flânons quelques peu au sommet, profitant des derniers moments magiques. Descente au refuge, nous reprenons le GR 5 jusqu'au col du Bonhomme. La fatigue commence à se faire sentir sur notre organisme. Au col, nous nous jetons à corps perdu dans une sente raide et sinueuse qui nous parachute au vallon de la Sauce, puis le chemin du Curé en sens inverse et retour au parking de la Gittaz.

    Encore une épopée rondement menée. Heureux d'avoir partagé des moments privilégiés avec mon compagnon de bordée. Heureux de voir le bonheur dans les yeux de mon compagnon de cordée. Cela n'a pas de prix. 

    Sur le chemin du retour, un goût amère m'envahit la bouche. Retour à la vallée, aux villes embrumées, et  leurs usines aux grandes cheminées. Affronter la société, avec ses mensonges, sa violence, ses chimères, et sa déliquescence.

    Ce monde là, ce n'est pas le mien........  


RANDO TRAIL DANS LE BEAUFORTIN : 59 km-3600 m D+


-1ère journée : La Gittaz(1562 m) au refuge de Presset(2504 m)/23km130-1863 m D+

-2ème journée : le refuge de Presset(2504 m) à L a Gittaz(1562 m)/35km035-1741 m D+













    


La Pierra Menta

Chemin du curé

Crête des Gittes

Crête des Gittes

Mont Pourri

montée au col du grand fond

Refuge et lac de Presset

Chemin qui mène au col de bresson

Pierra Menta et col du Bresson

Camp de base

Roseland depuis la descente du col Bresson

La Pierra Menta

Mont Blanc depuis la Grande Berge

refuge de la Croix du Bonhomme et Mont Blanc

Tête Nord des Fours

La Pierra Menta

Chemin du Curé
Chemin du Curé


Crête des Gittes

Les lacs sans nom

Montée au col du Grand Fond

le lac le refuge et la Pierra Menta

La pierra Menta et la Vanoise en fond

Préparation du camp de base

Montée au col Bresson

Roseland

Roseland et Mont Blanc

Crête des Gittes

Col Bresson





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