Vagabondage dans le massif des Bornes-Aravis

     Après une année de disette, suite à des petits pépins de santé, me voilà reparti pour de nouvelles aventures : Les Aravis.

    Les Aravis, connues pour ses combes austères, qui parfois nous donne froid dans le dos tout en restant magnifiques. Ses arêtes vertigineuses, ou le faux pas est interdit. La récompense après tant d'efforts, des panoramas à 360° vous en mettent plein les mirettes. Ce massif est un incroyable terrain de jeu pour les amoureux de la montagne.

    6h30, parc de la Tête d'Or, je récupère mon compagnon de bambée : Gilles. Malgré une météo en demi teinte, le sourire aux lèvres nous voilà partis pour de nouvelles aventures. 

    La pluie qui tombe par intermittence nous accompagne tout au long du trajet. Ce n'est pas quelques gouttes de pluie qui vont altérer le morale d'acier de nos deux guerriers. Face à la soif et la détermination, ni rien ni personne n'empêcheront nos deux vagabonds d'aller errer sur les cimes.

    8h30, Thônes capitale du reblochon, nous empruntons une voie communale qui nous mène au hameau de Montremont (824 m) terminus de la roue goudronnée.

    Sortie du jour La tournette (2351 m), montagne emblématique des annéciens située dans le massif calcaire des Bornes. La pluie a cessé, peu à peu les sommets se découvrent, nous prenons une piste forestière que nous laissons très vite pour une sente qui chemine à travers la forêt et qui nous conduit au col des Nantets (1426 m). 2 km à 28%, avec des passages  à plus de 35%, qui d'entrée de jeu met à mal nos petits mollets.

    Au col, nous dévalons une centaine de mètres de dénivelé négatif, ce qui nous permet de récupérer  un peu. En contre bas on distingue le lac d'Annecy noyé dans les nuages. Une petite  montée douce nous conduit à la ferme auberge : le Chalet de l' Aups(1424 m).

    C'est parti pour 1km500 de montée à 28 % dans les pâturages. Aie!!!! Aie!!!! Ca va chauffer du coté des cuisseaux.  Gilles, Gilles ça patine... La pluie de la nuit a rendu le sentier glissant. Au loin fier comme Artaban se dressent les sommets des Bauges. Juste magnifiques.!!! Cela donne envie d'y faire un tour. Ce ne sont pas les chantiers qui vont manquer pour les 10 prochaines années.

     Petits moment de répit, nous traversons le plateau du Casset, nous distinguons les ruines des anciens chalets. A quelques pas, vissé sur un éperon rocheux le refuge de La Tournette ou Blonay Dufour (1774 m) fermé depuis 2009, vue imprenable sur le lac et ses cités. Nous apercevons les vestiges de l'ancien câble qui servait à alimenter le refuge. Aujourd'hui une bande de slackers a pris possession des lieux. Ils attendent avec patience une fenêtre météo, pour pouvoir jouer les funambules sur cette magnifique ligne tendue entre le refuge et le rocher Pierre Chatelard.

    Nous continuons sur un parcours de plus en plus minéral, l'itinéraire semble de moins en moins  évident. Nous essayons tant bien que mal de suivre des points bleus par ci par là. De temps à autre il faut y mettre les mains. Le sentier devient  plus raide et accidenté, puis nous reprenons un chemin en terre avec quelques passages rocheux. Juste en dessous du col du Varo (2150 m), installés pépères, broutant les dernières touffes d'herbe avant la neige, une demi douzaine de bouquetins gras comme des cochons, prêts à affronter les rudesses de l'hiver, nous mate tranquillement et se laisse prendre en photos tels des stars.

    Nous passons vers les Rochers des Tours, en contre bas nous apercevons l'immense précipice qui vous glace le dos. Puis un premier passage avec des chaines. Ensuite nous prenons une vire étroite qui longe la falaise. L'ascension finale nécessite d'avoir le pied montagnard .L'accès devient de plus en plus scabreux. Puis soudain, me voilà bloqué. J'y vais, je n'y vais pas. Je tourne en rond, j'hésite. Certes le rocher bien patiné par les godillots  des randonneurs et rendu glissant par la pluie, ne m'aurait point dérangé il y a encore quelque temps. Encore fébrile, pas sûr de mes mouvements, la peur de me blesser, j'angoisse quelque peu. Il était impossible que nous fassions demi-tour à deux encablures du sommet. Une bonne inspiration, un coup de pied aux fesses et c'est parti... Nous remontons une cheminée avant un dernier passage chaine/barre. Et enfin nous débouchons sur le chemin de la voie normale. Au loin nous distinguons le fauteuil bien caractéristique en forme de tête de gorille. Nous contournons le rocher pour l' ascension finale. Stupéfaction  malgré une météo de merde, nous n'étions pas seul au monde. 

    Un groupe de randonneurs casqués et leur accompagnatrice fort aimable!!!!! sont ravis de nous voir débarquer. Dard, dard nous attaquons l'assaut final équipé de chaines et d'échelles. Nous croisons un trio de sexagénaires fort sympathiques que nous recroiserons plus bas dans la descente cassant la croûte. A la croix sommitale, à cause d'un épais brouillard, nous sommes privés d'un panorama à 360%. Le petit déjeuner étant déjà loin , la fringale se faisait sentir et nous dévorons notre pique-nique à pleines dents. Avant d'être submergés par la foule, nous partons rapidement.

    La descente jusqu'au col des Frètes de Rosairy (1753 m) était plutôt minérale. Nous dévalons tels des virtuose de la descente, sur la pointe des pieds, nous dansons sur les lapiaz, tantôt sautons de rochers en  rochers, tantôt glissons sur le gravier. Arrivés au col, 4 bouquetins surveillent celui-ci, les  derniers gardiens des lieux.

    Nous basculons à travers la forêt sur une sente sinueuse. Pas question de baisser la garde, nous restons concentrés pour éviter la chute. La fatigue, les racines pourraient être fatales pour nos deux compères. Nous coupons quelques couloirs d'avalanches assez impressionnants, ça fait froid dans le dos. Nous passons devant l'abri des Varos, refuge non gardé pour les voyageurs au long cours. Le chemin s'arrête au lit du torrent. Après un petit  temps d'arrêt, nous retrouvons la trace. Nous traversons la gave asséchée, et retombons sur la piste qui ramène au parking. Encore une sortie réussie malgré la météo et le peu de panorama. 

    Direction la coopérative, nos deux trailers font le plein de fromage avant de regagner leur camp de base. Hôtel La Montagne à la Clusaz, je recommande cet établissement bon rapport qualité/ prix et les jeunes propriétaires sont forts sympathiques. Douche, massage, sieste, un tour du village en mode récupération et bien sûr la petite bière qui va bien. Dans le bar de l'hôtel assez cozy, assis à coté de la cheminée, nous sirotons notre pinte avachis sur notre chaise recouverte d'une peau de chèvre, fatigués par une journée bien remplie. Nous prenons tranquillement le chemin de la cantine. Les Airelles, bon petit petit resto familial. Une deuxième pinte, il ne faut pas plaisanter avec l'hydratation. Et comme dit si bien un pote allemand "un sac vide ne tient pas debout" Alors nos deux bonhommes commandent une reblochonnade gargantuesque (reblochon, pomme de terre, charcuterie et un peu salade verte pour se donner bonne conscience.

    Après une bonne nuit de sommet et un petit déjeuner copieux , nous quittons le village pour les Confins (1440 m).Un ciel sans nuages, des montagnes qui se découpent à l'horizon, tout pour passer une agréable journée. Nos deux pèlerins des temps modernes armés de bâtons carbone filent vers une aventure des plus ambitieuse. Les cinq combes avec ses sommets : Mont Fleuri, l'Embrevetta, Tardevant, Tête de Paccaly, Trou de la mouche, Roche Perfia et Tête de la Pelouse.

    Nous empruntons une piste entrecoupée de chemins qui nous conduit au refuge de la Bombardellaz (1610 m),refuge où nous aurions dû passer la nuit si celui-ci n'avait pas fermé la semaine dernière. A gauche le Pic du Jalouvre (2438 m) et sa fameuse arête des bouquetins, encore un chantier en perspective. Un sentier à travers bois, parsemés de clairières nous mène à la combe de la grande Forclaz. Ancienne combe glacière minérale plutôt austère. Une sensation bizarre m'habite, est ce le silence, la froidure ou le manque de lumière !!!!!!!! Nous évoluons tantôt en slalomant entre les rochers tantôt en marchant dans des pierriers. Quelques rares traces de balisages rouges, mais le cheminement nous parait évident. 

    Passage de la Grande Forclaz (2315 m). de temps à autre la Ponte Percée et le Mont  Blanc, par enchantement se dévoilent emmitouflés dans une épaisse brume. Pas de point de repère, malgré le GPS nous avançons à l' aveuglette. Nous cheminons sur une traversée assez exposée, composée de dalles rocheuses, touffes d'herbe et pierrier. Nous perdons la trace, le long du rocher. Dans un goulet, nous essayons de nous frayer un chemin. Le brouillard monte de plus en plus. Après concertation nous décidons de faire machine arrière. 

    Retour au au passage de la Grande Forclaz, le Mont Fleuri (2511) nous apparaît. En vain, après de nombreuses tentatives, je n'arrive pas à trouver le bon itinéraire. Echec et mat ! Mon état fébrile ne me donne pas l'âme ni le courage d'un guerrier je capitule...je sens que Gilles ne veut pas en rester là. Je sais que dans sa tête le fait de faire demi-tour ne l'enchante guère, il ne veut pas quitter les Aravis sans  réaliser son rêve d'enfant. Les sommets jouent à cache cache avec nos nerfs, un coup je te vois, un je ne te vois pas. Une fenêtre sur Tardevant, nous voilà partis. Au pied du couloir, nous partons plus à droite dans la partie herbeuse et nous retombons sur la bonne voie qui nous mène à un petit col à droite l'Ambrevatta (2463 m) et au fond la Pointe de Tardevant (2511 m). A petites foulées nous parcourons le sentier de l'arête sommitale, qui malgré le vide est sans danger. Gilles, le visage illuminé d'un large sourire, est heureux d' avoir pu réaliser son rêve d'enfant.  

    Nous descendons une sente sous la crête de l'Ambrevetta qui file dans un pierrier. Il y a de fortes chances pour qu'il s'agisse de la voie qui va au Passage du Père (2377 m) au dessus de la combe de Paccaly et son sommet la tête de Paccaly (2467 m). Nous ne voyons déjà plus Tardevant pris par le brouillard. Nous jetons l'éponge définitivement, nous encapons sur un sentier qui nous ramène sur l'itinéraire principal. Nous passons devant le Lac de Tardevant (2110 m) où des familles pique-niquent,  profitant des derniers beaux jours de l'automne. Beaucoup de monde sur le chemin, ce qui ne nous empêche pas de dévaler la pente à vive allure. Les Chalets de Paccaly (1489m) puis nous rejoignons la piste qui va à la Bombardellaz.

    Gilles se sent soudain pousser des ailes, ou peut être piqué par une guêpe ou tout simplement l'envie de se faire plaisir, le voilà parti au galop, me laissant loin derrière. 

    Une petite croûte, notre périple dans les Aravis se termine. Malgré l'absence de panorama du à une météo mitigée, malgré que nous ne sommes pas allés au bout de nos ambitions, encore un week end réussi .Gilles a réalisé  son rêve, moi je suis rassuré sur mon état de santé. 

Une première approche du massif. Nous reviendrons!!!!!!
































































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