Rando- trail au Bec de la Scia (1783 m) ou voyage dans la 4ème dimension
2022, toujours sous l'ère COVID, les vagabonds des cimes avaient décidé quoi qu'il arrive de réaliser une pleine et belle saison pour de multiples raisons. Nous étions motivés comme jamais.
La première : notre passion, juste le plaisir de trainer nos grolles à la découverte de nouveaux horizons, s'extasier devant de magnifiques paysages, respirer, courir la tête dans les nuages sans penser à rien.
La deuxième : un challenge un peu fou, un challenge comme nous les aimons.
En quelques lignes, je vous explique comment est né ce défi. Un lundi matin, tranquille je désherbais un massif de fleurs, quand je vois arriver Gilles avec un grand sourire. "Salut Eric" Après quelques échanges de la vie quotidienne, il me dit "Tu ne sais pas ce que mon pote Fabrice à trouver de mieux à m'offrir comme cadeau de Noël???". Je le regarde d'une moue interrogative. Il me dit "Une inscription pour le Grand raid Guillestrois et Queyras, le trail des crêtes 64 km et 42000m D+ . Comme à l'habitude sans réfléchir, sans avoir pris connaissance du tracé et du profil. Je réponds "ok, je suis de la partie".
Nous n'avons plus que 6 mois pour préparer cette épreuve. Plus le temps de tergiverser, nos trois compères n'avaient plus qu' à relever les manches, affuter les baskets et taper dans la butte. Pour faire simple, à partir de maintenant il faudra penser D+ matin midi et soir. C'est le seul régime approprié pour mener à bien notre affaire.
Les jours passent, entre temps Gilles a eu la subtile idée de trouver un non d'écurie à nos trois gaziers : LA TEAM DES VIEUX BOUQUETINS. De mon coté, ça fumait dans la caboche du Vosgien. Je m'efforçais de mettre en place un programme d'entrainement ainsi que trouver, un mois avant notre aventure, une date qui nous convienne à tous les trois pour notre WE choc.
EUREKA!!!! après de maintes recherches, je dégotte le MUST...Le 27/28/29 mai. Le Chartreuse Trail Festival, trois jours de compétitions.
-1 er jour kilomètre vertical 3.7 km/880 m D+
-2ème jour maratour 47 km/3400 m D+
-3 ème jour skytrail 27 km:2300 m D+
Total : 78 km/6500 m D+
Je balance l'info, pensant que mes compagnons de route allaient me prendre pour un cinglé, et que le projet était complétement dingue. Je reste quelque peu surpris par leur réponse affirmative. Je confirme, nous sommes de grands malades.
Première sortie de l'année, bon pied bon œil nos deux compères quittent le Val de Saône sous un épais brouillard, tandis que le troisième larron s'entraîne en visio.... Je plaisante!!!!! Petit à petit les sommets de Chartreuse et du Vercors, à l'horizon, se découpent. A notre arrivée, nous découvrons le petit village de Saint Pierre enseveli sous un épais manteau de neige. Je ne m'attendais pas à un tel tableau.
Pour la petite l'histoire, place du village, sur notre porte-bagages nous avons ramassé un parisien, un vrai de vrai, un monchu comme on les appelle en montagne. Ce matin, pour lui, la journée débutait mal, ce brave monsieur s'était trompé de bâtons. Il avait tout simplement pris ceux de son épouse, seulement lui mesurait 1,90 et sa femme 1,60. Je vous laisse imaginer le tableau. Cachés derrière nos bonnets et nos buffs, à l'abri du bonhomme, nous pouffons de rire. Comme disait mon grand père, le parisien c'est toujours trop parfait, mieux que nous autre. Lui, il quibollait tout le temps, il était toujours parterre. Cela nous faisait bien rire. Nous, les montagnards nous sommes loin d'être parfaits, comme le Dahut nous avons une jambe plus courte que l'autre, c'est pour cela que nous tenons mieux dans les dévers...Pour finir, notre parigot, qui n'était pas doué, encore mois chanceux, dans une forte pente avec 80 cm de poudreuse, le bougre vint à casser un de ses bâtons. Imaginez ce pauvre gars brassant dans la neige. Puis comme par magie notre bonhomme a disparu ???La réverbération du soleil sur la neige peut il provoquer des hallucinations!!!!!! Avons nous été victime d'un mirage....
Revenons à nos moutons. Voilà nos deux guerriers partis ventre à terre affronter les pentes neigeuses de la Chartreuse. Sur les premiers kilomètres, la trace avait était faite par quelques raquettistes et randonneurs, ce qui rendait la progression relativement facile. Vers 1290 m, nous longeons la falaise du Molard, puis nous débouchons sur un chemin en balcon. Là, nous assistons à un magnifique lever de soleil sur la Dent de Crolles et Chamechaude. Admiratifs, nous restons quelques instants à contempler ce que nous offrait ce matin là, la montagne.
Arrivés à une piste forestière, nos affaires se compliquent, plus aucune trace, quelques vagues clichés de l'itinéraire d'été traversent nos esprits. De la neige jusqu'aux genoux, je m'engage dans ce qui me semble être un chemin, quelques hectomètres plus loin nous retrouvons le marquage du PR de pays. Difficultés de se repérer. L'accumulation de neige qui recouvrait le sol fait que nous progressons à la vitesse d'un sénateur. Nous avançons sur un raidillon en zigzag, je ne sais pour quelle raison je quitte le chemin et m'engouffre dans un layon en courbe de niveau qui me parait être une sente. Après un bon quart d'heure de marche, je demande à Gilles de jeter un œil sur son GPS. Il constate que le chemin est bien plus haut. Entre GPS et pif, nous retombons sur le bon itinéraire. Un chamois au loin dévale la pente dans les sapins, tandis qu'un peu plus haut sur une barre rocheuse un deuxième nous épie ou tout simplement se moque nous.
De la neige jusqu'aux cuisses, dré dans le pentu, temps bien que mal nous regagnons le refuge de la Scia (arrivée du télésiège). Un dernier assaut nous conduit au Bec de la Scia et sa table d'orientation à peine visible étant donné que le sommet est recouvert d'un bon mètre de neige. Un ciel sans nuage nous offre un large panorama sur les sommets emblématiques de Chartreuse et le massif de Belledonne. Avec son pic, au loin, nous distinguons le massif du Vercors et son Mont Aiguille. Pour échapper à la foule, et s'abriter du vent, nous redescendons quelques mètres plus bas, posons notre cul sur un tapis herbeux, face à la Dent de Crolles. Sous un beau soleil, sereins, nous dégustons notre pique-nique tout en profitant de ces instants forts agréables.
Après avoir rechargé nos batteries, nous repartons cette fois-ci en prenant le bon itinéraire. Plus bas, nous retombons sur nos traces de montée, et je compris mon erreur. Dans un virage en épingle à cheveux au lieu de virer à gauche, j'ai filé tout droit. Cet étourderie nous a permis de pimenter notre sortie. Le sentier étant bien tassé, nous dévalons la pente à toute allure. En chemin, nous rencontrons un groupe de jeunes Pimpins. Ils nous interpellent pour nous soustraire quelques renseignements. Nous leur conseillons d'écourter leur périple s'ils ne veulent pas passer la nuit dehors ou redescendre en hélico. Le loueur de matériel n' avait pas été très honnête en leur indiquant cette rando comme une simple balade.
Assis en terrasse, silencieux et pépère, sous un soleil éclatant, nos deux aventuriers shooté au dénivelé et à l'altitude, sirotent leur expresso. Pour eux le temps s'est arrêté...
| Dent de Crolles et Chamchaude |
| Dent de Crolles et Chamechaude |
| Lance de Malissard et Dôme de Bellefont |
| Gilles sorti du bois |
| Gilles seul au monde |
| Eric Rocher du Mollard |
| Eric |
Eric fait la trace |
| Gilles lève les genoux |
| Eric, ça brasse |
| Gilles table d'orientation Bec de la scia |
| Gilles et Eric Bec de la Scia |

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